• Valérie Hervieux

Prendre congé pour travailler?

Mis à jour : févr. 17


Le détachement psychologique implique de se distancer mentalement du travail et de ne pas se préoccuper de tâches liées au travail [1]. En d’autres mots, cela consiste en un désengagement mental de son travail (tout en étant absent du travail). Par contre, avec les nouvelles technologies, il est de plus en plus facile de rester connectés à son travail et ce, même durant ces vacances. D’ailleurs, certains employés vont même prendre des vacances pour travailler et être en mesure de répondre aux exigences [2]. L'un des chercheurs à étudier ce phénomène [2] explique que certains employés vont faire du leaveism entre autres en apportant du travail à la maison qui n’a pas pu être complété au travail ou en travaillant lors des congés ou des vacances pour diminuer la surcharge de travail. Ce phénomène est étudié depuis seulement quelques années et encore plusieurs études sont nécessaires pour pouvoir mieux comprendre ce phénomène. Le fait de travailler à domicile pourrait aussi nuire au détachement psychologique de son travail, puisque la maison devient également le lieu de travail. En ce sens, la coupure entre la vie professionnelle et personnelle peut être plus difficile à faire.


De façon générale, les recherches sur le détachement psychologique du travail montrent que les facteurs de stress au travail, en particulier la charge de travail, prédisent de faibles niveaux de détachement psychologique [3]. Les employés qui ne parviennent pas à se détacher psychologiquement de leur travail sont plus susceptibles de vivre un épuisement professionnel et d’avoir une plus faible satisfaction à l'égard de leur vie [3]. En outre, la littérature sur le sujet supporte l’idée que le détachement psychologique du travail est une expérience de récupération importante et qu’elle est essentiel au bien-être des employés. En effet, le sentiment de se sentir « loin » du travail favorise la réduction des demandes mentales et par le fait même, la récupération [4]. Les employés qui se sentent plus détachés du travail en dehors de leurs heures de travail sont plus satisfaits de leur expérience et éprouvent moins d'épuisement émotionnel et présentent des niveaux plus faibles de stress lié au travail [5-7]. Le détachement psychologique est également lié à diverses facettes de la performance au travail, telles que l'exécution de tâches et les comportements de travail proactifs [8]. Il importe de souligner que le fait de se détacher de son travail lorsqu’on est absent de son travail n’implique pas une attitude désengagée face au travail [9].


Le réattachement au travail qui est décrit par Sonnentag & Kühnel [10] comme étant le fait de rétablir un lien mental avec son travail après une période de congé (par exemple, un soir de semaine ou un weekend), est quant à lui un phénomène moins étudié. Or, le fait de penser à la journée de travail à venir et de s'y préparer mentalement serait aussi un prédicteur de l’engagement au travail [11]. Dans leur récente étude, Sonnentag et al. [11] ont collecté et analysé les données quotidiennes de 151 employés. Leurs résultats montrent que le réattachement au travail le matin prédit une attention anticipée à la tâche, un état affectif positif, un soutien social et un plus grand contrôle au travail. Ces variables prédisent à leur tour l’engagement au travail durant cette même journée.


Le travail représente pour plusieurs d’entre nous une partie importante de notre vie. La grande proportion qu’occupe le travail dans notre journée est justifiée, car il nous permet notamment de s’épanouir sur divers plans (professionnel, intellectuel, social). Or, quand la journée de travail est terminée, on doit se permettre d’arrêter. Cette capacité à arrêter et à se détacher du travail est vitale. Sans ce détachement, on risque de s’épuiser et de ne plus être en mesure de réaliser nos objectif personnels et professionnels.


Références

1. Sonnentag, S. and C. Fritz, The Recovery Experience Questionnaire: development and validation of a measure for assessing recuperation and unwinding from work. Journal of occupational health psychology, 2007. 12(3): p. 204.

2. Gerich, J., Leaveism and illness-related behaviour. Occupational Medicine, 2015. 65(9): p. 746-752.

3. Sonnentag, S. and C. Fritz, Recovery from job stress: The stressor‐detachment model as an integrative framework. Journal of Organizational Behavior, 2015. 36(S1): p. S72-S103.

4. Kaplan, S., The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of environmental psychology, 1995. 15(3): p. 169-182.

5. Moreno-Jiménez, B., et al., Effects of work–family conflict on employees’ well-being: The moderating role of recovery strategies. Journal of occupational health psychology, 2009. 14(4): p. 427.

6. Siltaloppi, M., U. Kinnunen, and T. Feldt, Recovery experiences as moderators between psychosocial work characteristics and occupational well-being. Work & Stress, 2009. 23(4): p. 330-348.

7. Sonnentag, S., I. Kuttler, and C. Fritz, Job stressors, emotional exhaustion, and need for recovery: A multi-source study on the benefits of psychological detachment. Journal of vocational Behavior, 2010. 76(3): p. 355-365.

8. Binnewies, C., S. Sonnentag, and E.J. Mojza, Recovery during the weekend and fluctuations in weekly job performance: A week‐level study examining intra‐individual relationships. Journal of Occupational and Organizational Psychology, 2010. 83(2): p. 419-441.

9. Sonnentag, S., Psychological detachment from work during leisure time: The benefits of mentally disengaging from work. Current Directions in Psychological Science, 2012. 21(2): p. 114-118.

10. Sonnentag, S. and J. Kühnel, Coming back to work in the morning: Psychological detachment and reattachment as predictors of work engagement. Journal of Occupational Health Psychology, 2016. 21(4): p. 379.

11. Sonnentag, S., et al., Morning Reattachment to Work and Work Engagement During the Day: A Look at Day-Level Mediators. Journal of Management, 2019: p. 0149206319829823.

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