• Valérie Hervieux

Portrait du niveau d'activité physique depuis le début de la pandémie


Les résultats de plusieurs études ne sont pas surprenants : les niveaux d’activité physique sont à la baisse depuis le début de la pandémie.


Voici un portait des données recueillies durant les premiers mois de la pandémie en ce qui a trait à notre niveau d’activité physique.


47 % des adultes québécois sondés par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) au début du mois d’avril rapportaient une diminution de leur activité physique dans les 15 derniers jours [1]. À la fin du mois de mai, ce pourcentage était passé à 31 %. Cette proportion a donc connu une diminution, mais demeure inquiétante considérant que la majorité des québécois n’atteignent pas les recommandations en matière d’activité physique [2].


Selon les données recueillies grâce à un sondage en ligne mené par l’Institut Vanier durant le premier confinement au Canada, près de 38 % des femmes et 33 % des hommes ont déclaré faire de l'activité physique moins souvent qu'avant la pandémie [3]. Les québécois étaient ceux qui ont déclaré le plus souvent une diminution de la fréquence de leurs activités physiques par rapport aux autres canadiens. D’autres études réalisées ailleurs dans le monde sont arrivées au même constat, soit une diminution de la pratique d’activité physique depuis le début de la pandémie [4, 5].


Au niveau mondial, le nombre de pas quotidien a diminué au cours de la période qui a suivi la déclaration de la COVID-19 comme pandémie mondiale. Les données de 455 404 utilisateurs uniques de téléphone intelligents répartis dans 187 pays ont été utilisés pour comparer le nombre de pas avant la pandémie (du 19 janvier 2020 au 11 mars 2020) et pendant la pandémie (du 12 mars 2020 au 1er juin 2020). Dans le monde entier, dans les 10 jours suivant la déclaration de la pandémie, il y a eu une baisse de 5,5 % de la moyenne de pas quotidien (287 pas). Dans les 30 jours suivant le 11 mars 2020, il y a eu une diminution de 27,3 % (1432 pas). Des variations dans le nombre de pas ont été observées d’une région à l'autre. Selon les auteurs, ces variations reflèteraient la période où les régions étaient davantage affectées par la crise et pendant laquelle les mesures de confinement étaient plus strictes.


La diminution de la pratique d’activité physique était par ailleurs prévisible [6]. De nombreuses possibilités d'être physiquement actif ont été suspendues, notamment les cours d'éducation physique, les centres de remise en forme et les parcs publics. Certaines installations récréatives et sportives sont désormais accessibles, mais la plupart de façon limitée. L’aspect social de la pratique d’activité physique favorise grandement l’engagement et la participation [7]. Or, comme la pratique d’activité physique en groupe et les sports d’équipe ont été interdites pendant plusieurs semaines, il est normal de s’attendre à une baisse de la participation à certaines activités. Par contre, même si pour certains l’accès réduit aux installations et aux infrastructures sportives était considéré comme une barrière à la pratique d’activité physique, il est possible que cela n’ait pas eu le même effet pour tous. Barkley et collègues [8] ont réalisé une étude auprès de 398 employés et étudiants d’une université aux États-Unis pour connaitre les impacts de la fermeture du campus sur la pratique d’activité physique. Les participants de l’étude qui étaient considérés comme peu ou modérément actifs avant la pandémie sont ceux qui ont connu la plus grande augmentation de leur niveau d’activité physique pendant la pandémie. Les participants qui étaient considérés comme très actifs avant la pandémie ont quant à eux diminué leur niveau d’activité physique pendant la pandémie. Les auteurs remarquent que la fermeture du campus ait pu réduire de manière disproportionnée l'activité physique chez les participants les plus actifs, puisque ceux-ci seraient plus susceptibles d'utiliser les installations sur le campus que les participants moins actifs. À l’inverse, les auteurs expliquent l’augmentation du niveau d’activité physique des participants moins actifs par une augmentation du temps libre dû au fait qu’ils n’avaient plus à se déplacer. Ce temps libre aurait donc pu être utilisé pour faire davantage d’activité physique.


Ceci étant dit, de manière générale le manque d’accessibilité aux installations et aux infrastructures sportives est associé à une moins grande pratique d’activité physique [10]. Enfin, comme la plupart des études réalisées jusqu’à présent n’ont observé qu’un seul moment durant la pandémie, elles ne reflètent pas nécessairement la vue d'ensemble de l'influence de l'isolement social et du confinement sur la pratique d’activité physique [5]. Il est donc essentiel d’étudier comment les niveaux d'activité physique varient sur une plus grande durée de cette pandémie.


L'idée de ce portrait n'est pas de dramatiser la situation ni de nous culpabiliser, mais plutôt de nous faire réfléchir sur ce que cette nouvelle réalité peut nous offrir en termes de nouvelles opportunités d'être actifs physiquement.


Oui le niveau d'activité physique de la population est en baisse. Considérant qu'on n'a plus accès aux mêmes ressources qu'avant la pandémie (ex.: gym), que pouvons-nous faire pour les remplacer?


Je suis certaine que la plupart d'entre vous ont déjà réussi à trouver une nouvelle façon de bouger. Misons sur notre intuition et notre créativité pour continuer de bouger différemment.


Références

1. Dubé, È., et al., COVID-19 - Pandémie et pratique d’activité physique, sommeil et préoccupation à l’égard du poids. Sondages sur les attitudes et comportements de la population québécoise. 2020, Institut national de santé publique du Québec: Gouvernement du Québec.

2. ISQ, Enquête québécoise sur la santé de la population 2014-2015. 2016: Gouvernement du Québec. p. 48.

3. Kaddatz, J. and N. Badets. Health Habits During the COVID-19 Pandemic. 2020; Available from: https://vanierinstitute.ca/health-habits-during-the-covid-19-pandemic/.

4. Sánchez-Sánchez, E., et al., Eating Habits and Physical Activity of the Spanish Population during the COVID-19 Pandemic Period. Nutrients, 2020. 12(9): p. 2826.

5. López-Bueno, R., et al., Immediate impact of the COVID-19 confinement on physical activity levels in Spanish adults. Sustainability, 2020. 12(14): p. 5708.

6. Wolf, S., et al., Can physical activity protect against depression and anxiety during the COVID-19 pandemic? A rapid systematic review. 2020.

7. Bauman, A., et al., Correlates of physical activity: why are some people physically active and others not? The Lancet, 2012. 12: p. 258-271.

8. Barkley, J.E., et al., The Acute Effects of the COVID-19 Pandemic on Physical Activity and Sedentary Behavior in University Students and Employees. International Journal of Exercise Science, 2020. 13(5): p. 1326.

9. Lesser, I.A. and C.P. Nienhuis, The Impact of COVID-19 on Physical Activity Behavior and Well-Being of Canadians. International Journal of Environmental Research and Public Health, 2020. 17(11): p. 3899.

10. Burke, S.M., A.V. Carron, and M. Eys, Physical activity context and university students propensity to meet the Centers for Disease Control and Prevention/American College of Sports Medicine Guidelines. 2005.